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Dans un proche futur

Comment faire en sorte que les gens retournent a la vie de la cité et repartent avec ou sans vaccin contre le coronavirus? C’est la question que se posent en ce moment plusieurs start-ups technologiques qui se précipitent pour créer des «passeports d’immunité» numériques.
Il est tout a fait possible via une application dite “passeport immunitaire”, permettant aux personnes ayant développé des anticorps (ou, dans l’attente d’être prochainement vacciné) de témoigner, par exemple auprès des prestataires de services comme des employeurs, afin de réduit de propager le coronavirus.
Gouvernements et organisations à travers le monde réfléchissent à l’utilisation de ce type de passeport “Green Passport” afin de définir qui de quoi…
En Allemagne, au Royaume-Uni, en Italie, aux Etats-Unis, en Chine ou encore au Chili, les gouvernements envisagent la mise en place d’un «passeport immunitaire» attestant que l’on a contracté le Covid-19.
L’idée controversée du passeport d’immunité est de permettre aux gens qui ont déjà contracté la COVID-19 de circuler librement. PHOTO : GETTY IMAGES/ISTOCKPHOTO
Un tel passeport permettrait aux personnes déjà infectées et guéries de pouvoir reprendre des activités quasiment normales. La question du consensus scientifique sur l’immunité Covid-19 est une question primordiale. Un accord dans la communauté scientifique sur l’existence d’anticorps contre Covid-19 doit être finaliser afin de ce mettre d’accord sur les paramètres. “Est-ce qu’ils durent trois mois ou trois ans? Nous ne le savons pas. Il doit y avoir une conclusion à cela avant que cela puisse être déployé de manière plus large.” L’Organisation mondiale de la santé a exhorté les gouvernements à ne pas s’engager dans la distribution des passeports d’immunité – physiques ou numériques – en raison de doutes sur la mesure dans laquelle les tests d’anticorps confèrent l’immunité.
Les gens ayant guéri de la COVID-19 devraient-ils être identifiés par un « passeport immunitaire »? PHOTO : RADIO-CANADA / CAMILE GAUTHIER
«Il faut qu’il y ait un mécanisme pour vérifier l’immunité de quelqu’un. Il est probable que le passeport immunitaire, s’il marche vraiment, aide les gens à se plier (à la consigne) de rester chez eux». Husayn Kassai, patron de la start-up Onfido

Éthiques, les passeports immunitaires?

Accorder plus de liberté aux personnes immunisées à la COVID-19 pour relancer l’économie, est-ce une bonne idée? Même s’il reste encore trop d’incertitudes pour utiliser les passeports immunitaires sans risque, la technologie pourrait bientôt le permettre. Certains états y songent même déjà. Si la science arrive à le prouver et que les tests qui détectent les anticorps atteignent une fiabilité acceptable, un système d’identification des personnes qui ne représentent plus de risque ni pour elles-mêmes ni pour les autres pourrait accélérer la relance économique.
Un passeport, un carnet de vaccination, une carte d’embarquement et des devises en euros PHOTO : GETTY IMAGES/ISTOCKPHOTO / MAXEXPHOTO
Dans l’émission ci-dessous, Carbone explore les aspects éthiques et historiques soulevés par ce type de certificat avec la bioéthicienne Vardit Ravitsky et l’historienne Celia Miralles Buil.

Inégalités sociales

Dans l’éventualité où il existerait une immunité associée à la COVID-19, Kerry Bowman reconnaît que l’émission de documents sanitaires diviserait la société entre les citoyens à risque et les citoyens immunisés, ces derniers ayant retrouvé toutes leurs libertés civiles. Le professeur Kerry Bowman craint que l’éthique ne soit sacrifiée pour des raisons économiques. Ce sont les forces du marché qui risquent de forcer des pays à adopter un passeport immunitaire, parce que le redémarrage de l’économie et les questions d’argent l’emportent souvent sur les inquiétudes d’ordre éthique, croit-il..

Données personnelles

Les compagnies spécialisées dans l’identité numérique soutiennent que créer ces passeports immunitaires sans sacrifier la vie privée est possible. Les données personnelles pourraient être protégées par l’utilisation de codes QR, lus par un scanner et associés à la photo de la personne concernée. «Les passeports immunitaires prouvent que vous êtes la personne que vous dites être et que les résultats du test sont les vôtres. Pas besoin de partager davantage d’informations» L’application Immuunsuspass (Passeport immunitaire) a été développée par les sociétés estoniennes Transferwise et Guardtime, en coopération avec des experts de la santé, pour l’organisation non gouvernementale Back to Work.
Une fois connecté et authentifié, une requête est effectuée. Le passeport d’immunité interroge la base de données des résultats des tests effectués par un laboratoire certifié. L’utilisateur peut générer un code QR spécial pour partager des informations relatives à son statut immunitaire, qui peuvent être montrées aux employeurs, amis, agences, etc.Chaque code QR ne peut être utilisé qu’une seule fois et expire en une minute. Une fois que les frontières du pays seront rouvertes et que les bulles de voyage seront convenues avec des pays ayant également contenu le virus avec succès, les efforts seront orientés vers les personnes les plus saines et qui par exemple veulent des vacances avec un minimum de risques. «Sidehide vise à fournir une expérience de voyage totalement transparente, à la fois pour les clients et les hôtels», a déclaré Joakim Hultin, PDG et co-fondateur de Sidehide. «Grâce à notre partenariat avec Onfido, nous serons en mesure de permettre aux clients de prouver leur statut immunitaire directement depuis notre application en quelques secondes, en évitant les points de contact, assurant ainsi la sécurité des clients et du personnel de l’hôtel. »
… De toute manière, en cas de vaccin, un carnet d’immunisation deviendra incontournable, comme on l’exige déjà dans certains pays pour des maladies endémiques comme la fièvre jaune. Ce carnet pourrait néanmoins, lui aussi, être controversé, mais de façon moindre, selon Mme MacPhail. Il est important de trouver un juste équilibre entre des droits conflictuels pour s’assurer que la santé du public est protégée sans que des libertés individuelles soient pour autant supprimées, conclut Mme McPhail. Un débat sur l’éthique médicale est donc nécessaire selon elle.